2020 24 septembre au 10 avril Thierry Vernet Dans la lumière et la vision d'un peintre voyageur...

Scénographie: Atelier Gabarit

Remerciements: Bibliothèque de Genève, Dominique Reymond, Jean, Michel et Christophe Bouvier, Olivier de Beaumont

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L'exposition est fermée au public en raison des mesures sanitaires, jusqu'à nouvel avis. Le catalogue sera visible en ligne tout soudain...

En cas d'intérêt pour un tableau de l'exposition, n'hésitez pas à nous contacter!

(les manuscrits et dessins ne sont pas à vendre).

Thierry Vernet (Le Grand-Saconnex, 12 février 1927-Paris, 1er octobre 1993) est un peintre et illustrateur genevois établi à Paris, compagnon de route de Nicolas Bouvier. Leur odyssée de 17 mois au volant d’une fiat Topolino, de la Yougoslavie à l’Afghanistan, a été relatée par ce dernier dans « L’Usage du monde » et par Thierry Vernet dans « Peindre, écrire chemin faisant ».


Tout est parti d’une conversation avec notre ami Samuel Labarthe, acteur franco-suisse de théâtre, de cinéma et de télévision.

Nous mijotions ensemble d’organiser Espace Muraille une soirée de lecture animée autour de la personnalité de Nicolas Bouvier.

Très sollicité par son métier, le projet de Samuel ne s’est pas concrétisé à ce jour et a pris une autre orientation grâce à la rencontre qu’il nous a permis de faire avec un autre Bouvier, sans lien de parenté avec le premier, Michel de son prénom, libraire à Paris dans la catégorie livres rares et documents anciens.

Le père de Michel Bouvier, Jean Bouvier, dont nous sommes heureux d’exposer ici un hommage plein de justesse et de sensibilité rendu à Thierry Vernet, a bien connu cet artiste et leur amitié indéfectible et profonde, remontant à 1959, s’est prolongée jusqu’à la disparition du peintre.

Grâce à ces Bouvier-là, nous sommes entrés en contact avec les nièces de Thierry Vernet, désireuses de se séparer d’un certain nombre d’œuvres héritées de leur oncle, et nous leur avons proposé d’organiser cette exposition-vente Espace Muraille avec d’autant plus d’intérêt et d’enthousiasme que mon mari, Eric Freymond, descend des Vernet par sa mère, née Monique Vernet, et que le 8 rue Beauregard, ancien hôtel de Thellusson, dans les entrailles duquel nous avons aménagé la galerie Espace Muraille, est revenu aux Vernet et à leurs descendants par héritage.

Qui plus est, les parents d’Eric, Monique Vernet et Pierre Freymond, fiancés en 1949, ont effectué leur voyage de noces dans la fameuse fiat topolino qui a permis à Thierry Vernet et à Nicolas Bouvier d’entreprendre leur long périple à travers la Yougoslavie, la Grèce, la Turquie, l’Iran, le Pakistan et enfin l’Afghanistan, de juin 1953 à octobre 1954 (17 mois), odyssée relatée par Nicolas Bouvier dans « L’usage du monde », livre qui a fait date dans la littérature française, et par Thierry Vernet dans « Peindre, écrire chemin faisant », une correspondance savoureuse et haute en couleur entretenue tout au long du voyage avec ses parents, ou ses « Racines », ses « Anges », comme il aime à les appeler dans ses lettres pleines de tendresse et d’affection.

Grâce à la Bibliothèque de Genève, qui nous a consenti des prêts issus des archives des fonds Thierry Vernet et Floristella Stephani, nous sommes heureux de pouvoir montrer dans cette exposition des extraits originaux de cette merveilleuse correspondance, de même que des dessins inédits destinés à illustrer « L’usage du monde » de Nicolas Bouvier.

Nous avons par ailleurs retrouvé des photos de la topolino, prises au moment des fiançailles des parents d’Eric Freymond, et nous nous sommes amusés à les rapprocher de celles de cette même voiture, réalisées en cours de route par Nicolas Bouvier, et publiées par la suite dans « L’œil du voyageur » : seule la plaque d’immatriculation a changé !

VD 21244 a cédé la place à GE 16466 et, comme le dit la chanson (Desireless), c’est en quelque sorte une reconversion de « Mariage, Mariage »… en « Voyage, Voyage »…

Bonne visite et bonne route dans la découverte de cette exposition, dont la scénographie a été réalisée par Laurent Pavy (atelier Gabarit), non sans remercier, en marge de ce cheminement, tous ceux qui ont contribué par leurs prêts, savoirs faire, disponibilités, connaissances et autre, à sa réalisation.

Comme le souligne Richard Aeschlimann, de la galerie Plexus à Chexbres qui a longtemps représenté et exposé Thierry Vernet, le point de départ chez cet artiste, c’est la vision, observation corroborée par Jean Bouvier dans le beau texte que vous découvrirez dans cette exposition :

« Le point de départ plutôt qu’un secret, se trouve dans la qualité du regard porté sur chaque chose et d’une manière si personnelle qu’à travers ses créations, il nous enseigne une nouvelle vision de ce qui nous entoure. Pas seulement comme si c’était la première fois que l’on voyait un bouquet de fleurs, un visage ou un paysage de lacs et montagnes ; mais bien plus comme si nos yeux s’ouvraient littéralement sur le premier matin du monde. »

Au bout de la lumière, R. Aeschlimann, octobre 1989

Sur ce, nous vous invitons à plonger avec curiosité et étonnement dans la lumière et la vision du peintre voyageur qu’était Thierry Vernet.

Caroline Freymond


Je redoute les esthétiques autant que les idéologies. Je crois à l'art qui pousse comme une plante. Seul celui-là peut nous nourrir et nous illuminer.

Thierry Vernet

C'est en 1959 que j'ai connu Thierry. Je passai devant la galerie Benezit et je fus tout d'un coup arrêté par un événement exceptionnel : «  De la peinture ! » La visite de l'exposition, qui prenait fin, me dit téléphonner à Thierry le soir même, et ce fut le début d'une longue et solide amitié, tout autant que d'une admiration pour son œuvre qui ne s'est jamais démentie.

Ce qui d'emblée m'avait frappé et me touchera toujours, c'est que, loin des jeux ingénieux et des séductions complaisantes, nous sommes là en présence d'une vision. Thierry disait des peintres qu'ils ne tenait pas en grande estime : « il ne voit rien ! » Lui voyait. Je me souviens de nos lomguese promenades communes, où il s'arrêtait d'un coup : « J'ai vu un tableau ! » Et c'est à cet instant privilégié, à cette évidence soudaine, qu'il s'accrochait au fil conducteur que, disait-il, il ne faut pas lâcher tout au long du travail.

Et quelle leçon de liberté que sa peinture ! Pourtant elle ne lui était pas donnée sans affres. Sa conquête n'était gagnée qu'au prix de mouvements stratégiques souvent douloureux.

Vous allez voir un merveilleux tableau : « La demoiselle de Bellême ». J'ai suivi son évolution avec d'autant plus d'intérêt que c'est en m'accompagnant lors d'une visite aux demoiselles de Bellême (elles étaient deux au départ) que Thierry avait ressenti cette émotion, ce déclic de la « sensation » dont il disait encore une fois, qu'il ne devait jamais nous quitter.

J'aimerais évoquer un autre aspect de la peinture de Thierry : elle est créatrice de lumière. C'est vers ce miracle que tendent tous ses combats, et il insistait souvent sur cette vérité : « La lumière n'a rien à voir avec l'éclairage. » il l'a d'ailleurs écrit mot pour mot dans son journal.

Il faudrait citer les nombreux textes, tel le suivant, où il a dévoilé, avec autant de finesse que d'acuité, l'instant miraculeux de l'éclosion : « le climat d'un moment, une certaine jubilation de l'esprit et du corps concentrée dans les limites d'un instant qui fait qu'alors je vois « en peinture ».

Car Thierry dut aussi indiscutablement un écrivain. En témoignent les nombreux textes qu'il a laissés, son journal, sa correspondance avec Nicolas Bouvier et avec ses parents. Ils nous permettent, eux aussi, de le comprendre et de l'aimer, ils nous éclairent sur sa vie.

Car si son œuvre picturale, malgré son évidence apparente, ne fut exempte ni de doutes ni de contrariétés, sa vie elle aussi, malgré l'amour profond qu'il portait à Floristella, ne fut à l'abri ni des tourments ni des tourmentes.

Réjouissons-nous de voir aujourd'hui réunis ces tableaux, sereins ou énigmatiques, toujours chargés de la magie de l'invention plastique, que, miraculeusement, nous fait partager son émerveillement devant la vie.

Jean Bouvier

Biographie
Espace Muraille

1927

Le 12 février, naissance de Thierry Vernet, au Grand-Saconnex, près de Genève.

1945-1950

Apprentissage de la peinture et de la gravure auprès du décorateur Jean Plojoux et du peintre Xavier Fiala.

1949

Première exposition avec Fiala à la galerie Motte, Genève. Premiers travaux pour le théâtre de la Comédie, Genève.

1949-1950

Voyage en Algérie avec Nicolas Bouvier. Publication de textes et illustrations dans le quotidien suisse Le Courrier, mai et avril 1950.

1951

Sortie du premier livre illustré : Douze gravures – Trois textes, avec Nicolas Bouvier, chez Kundig, Genève.

1952

Rencontre Floristella Stephani.

1953

Janvier : voyage de dix jours à Belgrade. Le 4 juin : départ en train pour la Yougoslavie. Au mois de juillet, rejoint par Nicolas Bouvier. Début d’un périple de deux ans vers l’Orient, qui l’amène jusqu’au Sri Lanka.

1955

Le 16 mars, se marie avec Floristella en présence de Nicolas Bouvier. Le 4 juin, retour vers l’Europe. En août, installation dans la maison La Gravière à Nyon, au bord du lac Léman.

 

1956

Gagne une bourse fédérale suisse (FS 3000). Remporte le premier prix du concours Diday.

1957

Gagne à nouveau une bourse fédérale suisse. Plusieurs séjours à Paris. En décembre, exposition de groupe à la galerie Creuze, Paris.

1958

En mars, installation définitive à Paris.

1959

Rencontre Joseph Czapski, grâce à qui il aura une exposition à la galerie Bénézit. Rencontre avec les peintres Jean Fournier et Jean Bouvier.

1963

Décors pour le théâtre des Célestins, Lyon, Les Femmes savantes, de Molière. Se passionne pour l’astrologie. Le 26 octobre, sortie de l’Usage du monde, de Nicolas Bouvier, illustré par Vernet.

1966

Le 20 février, Vernet est initié martiniste ( franc-maçon ). En mars, exposition de décors et de costumes de théâtre, dans la galerie Jacques Desbrières, Paris.

1968

Le 31 août, Thierry et Floristella s’installent au 54, rue des Envierges, dans le XXe.

1969

Gagne le concours du Grand Théâtre à Genève, pour son Lulu d’Alban Berg, ce qui lui vaudra le premier prix de décoration théâtrale de la ville de Genève, l’année suivante.

1970

Le 14 septembre, quitte son poste de chef-décorateur de la Comédie de Genève. Commence à travailler pour Sarah Ventura, à l’Opéra de Chambre de Genève. Début également de la collaboration avec la compagnie Alain Recoing, marionnettistes, pour le Théâtre aux mains nues.

1973

Reçoit la médaille Beaumarchais de la Société des auteurs et compositeurs.

1974

Fait fabriquer et peint (et vend) ses premiers paravents, marché vite épuisé.

1978

Du 3 mars au 16 avril, première exposition à la galerie Plexus, Chexbres. Fait la connaissance de Jean Winiger, acteur et auteur de théâtre.

1979

Vernet quitte les martinistes, quitte les maçons.

1982

Expose 31 dessins, Nus d’homme, à la galerie Op-Era, Genève.

1985

Atelier, 49 bis, rue des Cascades. Peint des portraits. Invention et fabrication d’un jeu, sorte de maison de poupées, nommé le Théâtre familial (déposé).

1988

Deux séjours à Java. Période féconde.

1989

En décembre, à l’occasion d’une exposition à Chexbres, à la galerie Plexus, sortie d’un premier ouvrage sur sa peinture.

1992

Exposition au Centre culturel suisse dans le Marais, avec Nicolas Bouvier.

1993

Le 1er octobre, mort de Thierry Vernet à Paris. Il est inhumé au cimetière de Pantin. Les derniers dessins et peintures datent de septembre.

Thierry Vernet
vernissage Thierry Vernet ©Joachim Sommer
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